Réglementation jumelles thermiques pour la chasse en France : ce que dit la loi
Pendant des années, l'usage des appareils de vision thermique à la chasse en France relevait d'un flou juridique inconfortable : les textes existants ne les mentionnaient pas explicitement, laissant chasseurs et agents de l'OFB face à des interprétations contradictoires. L'arrêté du 30 juillet 2025, publié au Journal Officiel le 2 août 2025, a mis fin à cette ambiguïté en modifiant l'arrêté du 1er août 1986 relatif aux procédés de chasse. Le cadre est désormais clair : les jumelles et monoculaires thermiques sont autorisés à la chasse, sous une condition centrale et non négociable, être tenus à la main.

L’essentiel en 30 secondes
✓ Les jumelles (binoculaires) et monoculaires thermiques tenus à la main sont légaux en action de chasse depuis le 2 août 2025.
✓ Tout appareil thermique fixé sur une arme ou utilisable sans les mains reste strictement interdit (lunettes de tir, modules clip-on, adaptateurs).
✓ Une dérogation spécifique s'applique aux caméras vidéo automatiques de moins de 15 cm placées sous le canon, déclenchées par la détonation.
✓ Les départements du Bas-Rhin, Haut-Rhin et Moselle bénéficient d'un régime particulier pour le tir de nuit du sanglier, pouvant inclure des lunettes thermiques sur arme sous arrêté préfectoral.
✓ Les sanctions pour usage illégal peuvent atteindre 1 500 € d'amende, avec saisie du matériel et risque de suspension du permis de chasser.
| Équipement | Statut légal | Condition |
| Monoculaire thermique portable | Autorisé | Tenu à la main, sans adaptateur de fixation sur lunette |
| Jumelles (binoculaires) thermiques | Autorisé | Tenues à la main |
| Caméra type Shotkam | Autorisé (dérogation) | Max. 15 cm, sous le canon, déclenchement par détonation uniquement |
| Lunette de tir thermique montée sur arme | Interdit | Aucune exception hors Alsace-Moselle |
| Module clip-on thermique sur lunette | Interdit | Aucune exception |
| Monoculaire avec adaptateur lunette | Interdit | Même si non utilisé monté |
| Tout dispositif thermique mains libres | Interdit | Aucune exception |
Un vide juridique enfin comblé : le contexte de la réforme 2025
Avant juillet 2025, aucun texte réglementaire ne mentionnait explicitement les appareils de vision thermique dans le cadre de la chasse. L'arrêté du 1er août 1986, qui régit les procédés de chasse autorisés et interdits en France, avait été rédigé à une époque où cette technologie n'existait pas dans le domaine civil. Résultat : agents de l'OFB et chasseurs se trouvaient face à des interprétations divergentes, certains considérant le thermique comme un moyen prohibé au même titre que tout dispositif électronique non listé, d'autres l'assimilant à une simple paire de jumelles perfectionnées.
La réforme a été validée en juillet 2025 par le CNCFS (Conseil National de la Chasse et de la Faune Sauvage), en réponse aux demandes portées par la Fédération Nationale des Chasseurs. L'objectif affiché était double : permettre aux chasseurs de bénéficier d'outils modernes d'observation et de vérification post-tir, tout en maintenant une frontière nette entre observation et assistance directe au tir.
L'arrêté ministériel a été publié le 2 août 2025 au Journal Officiel sous la référence NOR : TECL2521147A.
Ce que dit exactement l'arrêté du 30 juillet 2025
Le texte modifie l'article 7 de l'arrêté du 1er août 1986, qui liste les moyens d'assistance électronique autorisés en action de chasse. L'arrêté insère après le dixième alinéa de cet article la disposition suivante : les appareils monoculaires ou binoculaires thermiques sont autorisés, à l'exclusion des appareils qui peuvent être mis en œuvre sans l'aide des mains, dont les monoculaires équipés d'un adaptateur leur permettant d'être fixé sur une lunette de tir.
La formulation est précise et délibérée. Le législateur n'interdit pas une technologie, il interdit un mode d'emploi : celui qui permettrait d'utiliser un appareil thermique sans mobiliser les deux mains, c'est-à-dire en le couplant à l'arme pour viser ou identifier une cible au moment du tir.
La règle du "tenu à la main" : définition et portée pratique
Tenir l'appareil à la main signifie concrètement que l'appareil thermique doit rester dissocié de l'arme à tout moment. Cette condition vise à permettre l'observation et la vérification post-tir, tout en interdisant l'assistance directe au tir.
En pratique, cette règle couvre trois usages légaux :
- L'observation du gibier avant et pendant la chasse, pour localiser ou identifier un animal à distance.
- La vérification après le tir, pour évaluer si l'animal a été touché avant d'engager une recherche.
- La recherche au sang, pour localiser un animal blessé dans un terrain difficile ou en conditions de faible visibilité.
Ce que la règle du "tenu à la main" ne couvre pas
Dès lors que l'appareil thermique est fixé sur l'arme, clipé sur une lunette de tir ou utilisable en position de visée sans mobiliser les mains, il devient un dispositif d'aide au tir. Il bascule alors dans la catégorie des procédés interdits, indépendamment de l'usage réel que le chasseur en fait au moment du contrôle.
Un point mérite une attention particulière : l'intention d'usage ne suffit pas à légaliser un équipement non conforme. Un monoculaire thermique équipé d'un adaptateur de fixation sur lunette est interdit dès lors que cet adaptateur est présent, même si le chasseur affirme ne jamais l'utiliser ainsi en action de chasse.
Équipements thermiques autorisés à la chasse en 2025
Les monoculaires thermiques portables
Les monoculaires thermiques constituent l'option la plus répandue sur le marché. Compacts, légers, tenus d'une main, ils permettent une observation rapide du gibier ou une vérification post-tir sans équivoque sur leur mode d'usage. Leur format exclut naturellement toute fixation sur une arme sans adaptateur dédié, ce qui en fait des équipements structurellement conformes à la réglementation, sous réserve qu'aucun accessoire de montage ne soit présent.
Ils sont particulièrement adaptés à la chasse dynamique (approche, battue) où la mobilité prime sur le confort d'observation prolongée.
Les jumelles (binoculaires) thermiques
Les jumelles thermiques offrent un confort visuel supérieur pour les longues sessions à l'affût ou l'observation naturaliste. Leur usage à deux mains les place sans ambiguïté dans la catégorie des appareils tenus à la main. Elles combinent souvent imagerie thermique et optique classique, ce qui renforce leur polyvalence en conditions mixtes (aube, crépuscule, végétation dense).
Leur encombrement plus important les rend moins adaptées aux déplacements rapides, mais elles restent le choix privilégié pour l'identification certaine du gibier avant le tir, notamment sur grand gibier en terrain ouvert.
La dérogation pour les caméras de type Shotkam
Les caméras embarquées sur arme bénéficient d'un régime d'exception explicitement prévu par le texte. Par dérogation aux dispositions de l'article 2 de l'arrêté, sont autorisés les appareils disposant de fonctions vidéo à déclenchement automatique par la détonation, d'une longueur maximale de 15 centimètres et placés sous le canon des armes à feu.
Cette dérogation est strictement encadrée par trois conditions cumulatives :
- La longueur de l'appareil ne doit pas dépasser 15 cm.
- Il doit être positionné sous le canon, et non sur la lunette de tir.
- Le déclenchement doit être automatique par la détonation, excluant tout déclenchement manuel pouvant servir à la visée.
Équipements thermiques interdits à la chasse en France
Les lunettes de tir thermiques montées sur arme
Les lunettes de tir thermiques montées directement sur l'arme, les modules clip-on thermiques fixés sur une lunette de tir existante, et les dispositifs équipés d'un adaptateur pour lunette sont formellement prohibés.
Ces équipements sont interdits car ils permettent d'utiliser la vision thermique en position de visée, transformant l'observation en assistance directe au tir. C'est précisément cette frontière que le législateur a voulu maintenir : la technologie thermique peut aider à observer, jamais à viser.
Les modules clip-on et adaptateurs de lunette
Les modules clip-on thermiques, conçus pour se fixer en avant d'une lunette de tir optique classique, sont parmi les équipements les plus explicitement visés par le texte. L'arrêté mentionne nommément les monoculaires équipés d'un adaptateur permettant la fixation sur lunette de tir comme exemples d'appareils exclus de l'autorisation.
Cette précision n'est pas anodine : ces modules sont commercialement très actifs sur le marché européen, et leur usage était l'une des principales zones grises avant la réforme. Leur présence sur l'arme lors d'un contrôle en action de chasse suffit à constituer l'infraction, même démontés.
Les cas limites et zones grises à connaître
Quelques situations méritent une attention particulière pour les chasseurs experts :
Le binoculaire thermique nécessitant deux mains mais fixé sur un support d'arme reste interdit, même si son usage requiert les deux mains. C'est le mode de fixation qui détermine l'infraction, pas le nombre de mains nécessaires à l'utilisation.
Un monoculaire thermique sans adaptateur mais commercialisé avec un rail Picatinny ne pose pas de problème réglementaire en lui-même, tant que le rail n'est pas utilisé pour une fixation sur arme en action de chasse.
La question du transport : aucune restriction ne s'applique au transport d'appareils thermiques, y compris ceux équipés d'adaptateurs, dès lors qu'ils ne sont pas en action de chasse. C'est l'usage en situation cynégétique qui est encadré.
Les exceptions territoriales : le cas de l'Alsace-Moselle
Un droit local qui autorise le tir de nuit du sanglier
Les trois départements du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57) bénéficient d'un régime cynégétique particulier, hérité du droit local alsacien-mosellan codifié dans le Code de l'environnement. Ce cadre prévoit que l'autorité administrative peut autoriser, dans les conditions qu'elle détermine, le tir de nuit du sanglier, à l'affût ou à l'approche, sans l'aide de sources lumineuses.
Cette dérogation structurelle ouvre la voie à des arrêtés préfectoraux plus permissifs en matière d'optique thermique, y compris pour des équipements montés sur arme.
L'arrêté préfectoral de Moselle du 10 décembre 2025
En Moselle, un arrêté préfectoral du 10 décembre 2025 autorise désormais l'utilisation de lunettes thermiques pour le tir de nuit du sanglier, avec déclaration obligatoire auprès du maire de la commune concernée avant toute action.
Cette avancée locale reste strictement délimitée :
- Elle ne concerne que le tir de nuit du sanglier, dans le cadre de sa période de chasse ou de sa régulation comme espèce susceptible d'occasionner des dégâts.
- Elle est conditionnée à un arrêté préfectoral en vigueur pour la campagne concernée.
- Elle ne s'étend pas aux autres espèces ni aux autres formes de chasse.
Ce que le chasseur doit vérifier avant chaque saison en Alsace-Moselle
Les arrêtés préfectoraux sont renouvelés chaque année et peuvent évoluer dans leur périmètre, leurs conditions ou leurs restrictions. Consulter la fédération départementale concernée avant chaque ouverture est indispensable pour s'assurer de la conformité de son équipement. Un arrêté valable pour la campagne précédente ne garantit pas les mêmes autorisations pour la saison suivante.
Sanctions encourues en cas d'usage illégal d'un thermique à la chasse
Les peines principales : amende et saisie du matériel
L'usage d'un appareil thermique non conforme en action de chasse expose à des sanctions significatives. Les dispositifs thermiques montés sur arme exposent à une amende jusqu'à 1 500 euros (contravention de 5e classe) ainsi qu'à la saisie du matériel non réglementaire.
Ces sanctions s'appliquent que l'appareil ait effectivement servi à tirer ou non. La simple détention d'un module clip-on thermique monté sur une lunette en action de chasse suffit à constituer l'infraction.
Les peines complémentaires : le permis de chasser en jeu
Au-delà de l'amende, des peines accessoires et complémentaires peuvent être prononcées concernant le permis de chasser, qui peut être retiré par le Tribunal ou suspendu à titre conservatoire jusqu'à l'audience. Une condamnation de retrait du permis de chasser entraîne son annulation et l'obligation de repasser l'examen pour en obtenir un nouveau après le délai prononcé.
Les agents habilités à contrôler
Plusieurs catégories d'agents sont habilitées à constater une infraction liée à l'usage d'un thermique non conforme en action de chasse :
- Les agents de l'OFB (Office Français de la Biodiversité), dont les inspecteurs de l'environnement disposent de larges pouvoirs de contrôle.
- Les gardes-chasse particuliers assermentés, compétents sur les territoires où ils exercent.
- Les lieutenants de louveterie, agents bénévoles assermentés aux missions de police de la chasse.
- Les gendarmes et policiers, habilités à constater les infractions cynégétiques.
Un refus d'obtempérer à un contrôle d'un inspecteur de l'environnement de l'OFB peut constituer un délit distinct, passible de sanctions nettement plus lourdes.
Vision thermique et intensification de lumière : deux régimes désormais alignés
Deux technologies distinctes, un même cadre légal
Avant 2025, les appareils à intensification de lumière résiduelle (vision nocturne classique) étaient déjà encadrés par l'arrêté de 1986 selon un principe similaire : autorisés tenus à la main, interdits montés sur arme. La réforme de juillet 2025 a aligné le régime des appareils thermiques sur ce cadre existant, en posant le même principe : utilisation autorisée uniquement à la main, jamais fixée sur une arme.
Sur le plan réglementaire, le traitement est désormais identique pour les deux technologies. C'est une simplification bienvenue qui met fin à une asymétrie difficilement justifiable sur le terrain.
Différences techniques entre thermique et intensification de lumière
Les deux technologies restent fondamentalement différentes dans leur fonctionnement, ce qui a des implications pratiques importantes pour le chasseur :
| Critère | Vision thermique | Intensification de lumière |
| Principe de fonctionnement | Détection des rayonnements infrarouges (chaleur) | Amplification de la lumière ambiante disponible |
| Efficacité dans l'obscurité totale | Totale | Limitée voire nulle |
| Détection à travers végétation dense | Partielle | Non |
| Identification précise du gibier | Moins précise (silhouette thermique) | Plus précise (image en nuances de gris) |
| Sensibilité aux conditions météo | Brouillard léger pénalisante | Pluie et brouillard très pénalisants |
| Statut légal (tenu à la main) | Autorisé depuis août 2025 | Autorisé (régime préexistant) |
| Statut légal (monté sur arme) | Interdit (sauf Alsace-Moselle sous AP) | Interdit (sauf Alsace-Moselle sous AP) |
Pourquoi cet alignement réglementaire était nécessaire
L'alignement des deux régimes répond à une logique cynégétique et éthique cohérente. Ce n'est pas la technologie qui est encadrée, mais l'avantage qu'elle procure au chasseur sur le gibier. Un appareil qui permet de viser dans l'obscurité, qu'il soit thermique ou à intensification de lumière, rompt l'équilibre entre le chasseur et l'animal que la réglementation française s'attache à préserver. Un appareil qui permet seulement d'observer ou de vérifier un tir, tenu à la main et dissocié de l'arme, s'inscrit dans le prolongement des jumelles classiques et ne pose pas de problème éthique majeur.
